Liège : plus libres depuis qu’ils ont renoncé à la voiture

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La mobilité fait l’objet de toutes les attentions au moins une semaine par an, lors de la fameuse « Semaine de la Mobilité » synonyme d’annonces politiques en la matière, d’expériences nouvelles pour les travailleurs et leurs sociétés, de découverte de ses multiples déclinaisons et de ses enjeux pour nombre de citoyens et de journalistes ! Olivier Moch et sa compagne Alida Cilli ont fait un choix radical dans ce domaine : en 2013, ils ont abandonné la voiture personnelle après 20 années de possession de véhicules et opté pour la mobilité douce et/ou partagée. L’aboutissement d’un cheminement de plusieurs années et un choix gagnant pour ces deux citadins convaincus. Rencontre avec Olivier

Au départ, ces deux Liégeois n’avaient pas trop le choix de renoncer à la voiture personnelle. Ils habitaient dans un petit village de la Basse Meuse liégeoise, à la campagne, où l’offre de transports en commun et en commerces de proximité était pauvre. Chacun avait donc sa voiture pour se rendre au travail, faire les courses… un budget énorme à la clé, lourd pour un jeune ménage. La décision est prise de quitter le village. Ils s’installent à Visé, petite ville avec de nombreux commerces et des transports en commun assez présents (bus et trains)

C’est le début des changements visibles pour votre mobilité ?

« Oui. A ce moment-là, nous avons pu nous débarrasser d’une des deux voitures. En février 2009, nous nous sommes ensuite installés au cœur de Liège. Nous sommes vraiment des citadins dans l’âme et nous avions autant envie que besoin d’être et de vivre dans le centre d’une grande ville, que ce soit pour la facilité d’accès à la culture ou aux loisirs en général mais aussi pour la proximité avec le travail. A cette époque, je travaillais dans une grande institution liégeoise et ma compagne, artiste, le faisait, elle, déjà à la maison.

Progressivement et naturellement, nous avons commencé à privilégier les déplacements à pied ou en bus. La voiture passait énormément de temps au parking (qui par ailleurs nous coûtait plutôt cher). On s’en servait surtout pour des déplacements hors-Liège avec accès difficile en train ou en bus.
Le 1er janvier 2013 – était-ce une forme de bonne résolution ? – nous avons décidé de tenter l’expérience de nous passer de la voiture pendant trois mois sauf s’il était totalement impossible de faire autrement »

Bilan ?

« Sur ces presque 100 jours d’expérience, nous avons ‘’dû’’ utiliser la voiture trois fois… L’évidence latente s’est alors imposée : selon notre mode de vie, nous n’avions pas besoin d’une voiture à nous ! Nous l’avons vendue rapidement, renvoyé les plaques d’immatriculation et bénéficié de trois ans d’abonnement TEC gratuit contre la remise des plaques.

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Quels sont désormais les moyens de transports et « stratégies » que vous utilisez pour vos déplacements ?

Autant que faire se peut, nous nous déplaçons à pied. Marcher en ville nous a toujours plu car on y découvre de jolies choses que l’on ne peut pas voir autrement. Sinon, le bus est le moyen de transport privilégié… l’offre est raisonnable en Wallonie, elle permet de faire pas mal de choses même si on est parfois confrontés à des écueils comme les grèves, les retards ou encore (et c’est beaucoup plus fréquent qu’on ne pourrait le croire) les bus en avance que l’on rate évidemment !

Par ailleurs, nous avons opté pour Cambio afin de répondre aux demandes que l’on ne peut vraiment pas satisfaire à pied, en bus ou en train. Le taxi c’est rare car c’est plutôt cher. J’ai payé 25€ pour faire Chênée-Liège, un samedi soir… c’est trop cher, je comprends que des sociétés comme Uber se développent en Belgique !

Pour nos déplacements à l’étranger c’est le train que nous privilégions. Il faut dire que ces déplacements se font surtout vers Londres, Paris ou quelques autres grandes villes françaises…toujours ce côté citadin. Et puis pour nous, le train a un côté « Madeleine de Proust » : tant chez ma compagne que chez moi, les vacances d’enfance étaient toujours liées au train. »

Courses, loisirs, visites à la famille ou aux amis…quels sont les implications quotidiennes de ce choix du « sans voiture » ?

Pour les loisirs, la très grande majorité se passe au centre-ville donc cela se fait à pied. Pour les visites à la famille, c’est le bus qui s’impose car elle vit en périphérie, à une vingtaine de kilomètres du centre. En ce qui concerne les courses, tout se fait au centre-ville. Nous avons retrouvé le plaisir de fréquenter les petits commerces au jour le jour, le boucher, le boulanger, le maraîcher, sur la Batte le dimanche… nous avons aussi appris à ne consommer que ce dont nous avons besoin. Si j’ai envie d’une tranche de jambon, je n’achète qu’une tranche chez mon boucher. Finis les packs de trois ou de six tranches achetés en grande surface, idem pour les ‘’grosses courses’’ une fois par semaine où on entasse quantité de choses et où on se laisse tenter par des produits dont on n’a pas besoin.
Au final, le commerce de proximité n’est pas plus cher, d’autant que l’on gaspille moins et que nos poubelles sont plus maigres.
Pour les achats plus conséquents comme l’eau, les produits d’entretien, les croquettes du chat… il nous reste aussi les supérettes du centre-ville

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« Vivre sans voiture, le premier pas vers la slow-life »

« Finalement, en résidant au centre-ville, vivre « sans voiture » est rapidement devenu une évidence pour nous ! Aujourd’hui, je trouve même aberrant de se déplacer au centre d’une ville en voiture et d’y perdre, à certains moments de la journée, du temps immobilisé dans les files. Vivre sans voiture est aussi le premier pas sur le chemin du slow-life ! On est obligé de ralentir, il faut en général plus de temps pour rejoindre un endroit à pied ou en bus (quoique !!!). On doit se calquer sur les horaires des transports en commun mais on peut aussi mettre ce temps à profit. Dans le bus ou le train, je lis beaucoup. Quand je marche, je pense à mon travail, à son organisation. C’est souvent un moment de réflexion intense. Il m’est arrivé de repenser complètement un chapitre d’un de mes livres alors que je marchais »

Au moment du renoncement à la voiture, tu travaillais pour le département « communication » d’une importante institution liégeoise bien desservie par les transports en commun. Aujourd’hui, tu es indépendant, toujours dans la communication. C’est plus compliqué ?

« Non ! En fait, mon boulot pour l’hôpital m’amenait souvent à des réunions à l’extérieur et l’organisation n’est pas tellement différente d’aujourd’hui alors que je « bosse pour moi ». Certes je faisais le même trajet matin et soir (souvent en bus pour monter le matin et à pied pour redescendre le soir) mais il m’est aussi arrivé d’avoir plusieurs réunions externes le même jour et de devoir planifier mes déplacements à pied ou en bus. Tout est question de méthode et d’organisation"

Tu t’organises comment quand tu as une conférence hors Liège en soirée, une participation à un congrès en France, ce genre de choses ?

"Je donne une conférence à Paris prochainement, j’irai en Thalys. C’est tellement facile !

oli dans un train

Je suis allé en Thalys et en TGV à Montpelier, à Besançon , à Angers sans aucun souci. Pareillement, avec l’Eurostar, je vais à Londres trois fois par an en quelques heures depuis ma porte au centre de Liège jusqu’au centre de Londres. C’est réellement facile ! Même avec les changements de train à Bruxelles. Que ce soit pour rejoindre Paris ou Londres, c’est plutôt bien pensé. Pour aller à Montpelier ou à Angers, par exemple, c’est un peu plus complexe parce qu’il faut changer de gare à Paris. Mais avec le métro, ce n’est pas non plus un écueil insurmontable ! De nouveau, tout est une question d’organisation. C’est un mode de vie différent, plus réfléchi car on ne se déplace plus de façon instinctive avec sa voiture. On pense au meilleur moyen de rejoindre l’endroit où l’on doit aller. Sera-ce plus simple à pied ou en bus ?"

Il y a la contrainte réelle des horaires…

« Oui et non. Si je dois être à Bruxelles à 9h00 du matin, je dois aussi tenir compte d’un horaire de départ si je veux y aller en voiture et je dois même calculer davantage en tenant compte des files à l’entrée de la capitale. Ce n’est pas une contrainte horaire, c’est une manière différente de percevoir les horaires imposés !

Si je dois me déplacer à des moments plus délicats par rapport aux transports en commun, en soirée, ou à des endroits plus difficiles d’accès, alors la solution Cambio s’impose."

Tu parles peu du vélo

"Il peut m’arriver d’en louer un chez un commerçant spécialisé mais je n’ai pas opté pour les locations « long terme » proposées par la Ville de Liège. Alida me sait un peu casse-cou avec un deux roues, elle préfère donc que j’évite le vélo"

Peux-tu chiffrer ta mobilité actuelle par rapport à avant, quand tu étais automobiliste ? La formule est-elle gagnante ?

"Pour l’heure, nous sommes toujours couverts par l’abonnement TEC gratuit dont nous avons bénéficié à la remise des plaques de voitures. Les déplacements en train que je fais, je les aurais quand même faits, par facilité, si j’avais toujours une voiture. Aller à Bruxelles en voiture relève, pour moi, du non-sens !

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Reste Cambio où nous avons chacun un abonnement. Je paie entre 10€ et 80€ par mois selon l’utilisation, tout compris (abonnement, utilisation et essence). Le parking que je payais au centre-ville pour stationner ma voiture avant me coûtait 100€ par mois ! Je payais donc plus cher pour garer ma voiture que maintenant pour me déplacer avec Cambio. En juillet, par exemple, je n’ai pas utilisé de voiture partagée, je n’ai payé que les abonnements mensuels, soit 10€ au total

Pour l’année 2014, j’ai fait le calcul : le coût de Cambio par rapport à celui de ma voiture (essence, assurance, parking, entretien, auto-sécurité et autres frais divers) m’a permis d’économiser quelque 3750 euros sur une année, soit 312 euros par mois ! Et encore, ma voiture était totalement payée. Si je dois ajouter le montant d’un remboursement de crédit « auto »au calcul, cela devient une somme mensuelle colossale !"

Ce choix a été facilité par le fait que tu résides en ville, sans enfant. Te semble-t-il « jouable » si on vit à la campagne et/ou si on a des enfants ?

« Le mode « sans-voiture » est nettement plus compliqué si on habite pas en ville, c’est évident ! Nous avons habités pendant quelques années à Warsage et puis à Cheratte, dans ce genre de petits villages à l’offre de transports en commun pauvre et au tissu commercial très faible. Se passer de voiture y est quasiment impossible ! Il y a un réel enjeu politique majeur pour développer un service de transports en commun plus efficace afin de favoriser la mobilité douce en dehors de la ville.

Le fait de ne pas avoir d’enfant compte aussi encore que, si l’on vit au centre-ville, les enfants ne constituent pas un frein à ce choix, nous avons des amis dans le cas"

En conclusion ?

"L’avantage majeur réside, pour moi, dans le changement de mode de vie. Il induit une façon de vivre plus réfléchie, plus pensée et, en définitive, nettement moins stressante. Sortir de Liège à 17h30 est, à mon sens, 1000 fois plus stressant que de se déplacer en bus ou à pied même en tenant compte des retards des transports en commun ou de la météo parfois capricieuse ! Un autre bonus significatif, c’est l’aspect économique, et il restera même lorsque nous devrons payer les abonnements de bus, une fois l’avantage « retour de plaque minéralogique » terminé. Ne plus avoir de voiture finance nos trois voyages annuels à Londres… Rien que pour ça, je suis heureux du choix posé !"

On connaît de plus en plus de personnes qui réfléchissent à l’abandon de la voiture, d’autant plus que les offres de mobilité « à la demande » sont en augmentation. Quels conseils donnerais-tu à celles et ceux qui voudraient se lancer ?

"S’ils habitent en ville, le premier conseil est de se lancer, d’oser franchir le cap du « sans-voiture ». Entre le vélo électrique, les transports en commun et les voitures partagées… je vais jusqu’à dire que pour les citadins posséder une voiture (à plus forte raison deux !) est superflu, même s’ils ne travaillent pas dans la ville où ils vivent. Le « tout à la voiture » est un concept suranné qui ne cadre plus avec les besoins et les obligations du 21e siècle. Nous devons agir pour la mobilité et le développement durable, c’est inaliénable pour les générations à venir. Pour les citadins, renoncer à la voiture, c’est un acte concret à poser. Se lancer est vraiment une belle chose. Au départ, on tâtonne, on hésite, parfois on se dit même que c’est impossible et puis les choses se mettent en place et vivre sans voiture devient naturel. C’est intéressant financièrement mais aussi au niveau de la santé. On marche davantage… Et puis, on redécouvre sa ville et ça, ce n’est pas le moindre des avantages !"

« Sans voiture, je me sens plus libre »

"Aujourd’hui, après deux ans et demi, je ne voudrais pas faire marche arrière. Je ne m’extasie même plus devant une belle voiture dans la rue, c’est devenu un objet sans intérêt pour moi. Je ne sais pas si c’est avéré ou si c’est juste une impression personnelle mais je me sens plus libre sans voiture, plus posé, plus heureux finalement. Lorsque nous sommes venus habiter au centre de Liège, nous avons repensé notre mode de vie et l’avons articulé autour d’une consommation plus réfléchie, moins outrancière, plus durable. Renoncer à la voiture était la continuité logique de ce mode de vie… Nous l’avons fait sans basculer dans l’intégrisme. Si nous avons réellement besoin d’une voiture, on passe par Cambio. L’idée n’est pas de sombrer dans une forme de rejet total mais bien de mettre en pratique une mobilité plus intelligente adaptée aux besoins et aux obligations. Et à l’usage, on s’aperçoit très vite que l’utilisation d’une voiture n’est pas aussi incontournable que beaucoup ne le croient…"

Alain Wagener
Crédits photos : Olivier Moch
Retrouver Olivier M sur http://www.oliviermoch.com et les réseaux sociaux

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