Norvège : soutien politique et enthousiasme pour la voiture électrique

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En période de fêtes de fin d’années, on ne peut pas échapper à l’influence des pays nordiques. On nous rappelle que le Père Noël en est originaire, les magazines multiplient les images de décorations du plus pur style suédois ou norvégien, on croise des pulls aux motifs résolument inspirés de ces contrées… Il n’y a pas de raison que vous échappiez ici à cette omniprésence nordique de fin d’année. Direction donc la Norvège mais pour parler véhicules électriques. Ils y connaissent un succès qui peut surprendre dans un pays producteur de pétrole. Il s’explique par une volonté politique de soutien massif à ce type de motorisation…et aussi par la satisfaction des usagers de ces véhicules dont ils ne manquent pas de vanter les mérites.

En 2011, on comptait 4000 véhicules électriques en Norvège. Il y en a aujourd’hui 40 000 !, 10 fois plus, et le double d’il y a un an. On en dénombrait en effet 19 500 en 2013. En mars de cette année, le pays bat un nouveau record : 20,3 % des voitures neuves immatriculées y sont des voitures électriques ou des hybrides rechargeables. Ces quelques chiffres ont de quoi surprendre pour une population d’un peu plus de 5 millions de personnes à peine !

L’explication est connue et est à chercher du côté de l’approche politique de la lutte contre la pollution. Le pays s’est fixé comme objectif de réduire de 30 % ses émissions de CO² d’ici 2020. Il s’en donne les moyens.

Des études réalisées dans ce cadre, il est ressorti que 40 % des émissions locales provenaient des transports, et 60 % de ceux-ci du transport routier. Cibler ce secteur apparaissait plutôt pertinent. Si on ajoute que le pays est auto-suffisant de manière écologique pour sa consommation électrique (hydroélectricité), mettre en place des politiques en faveurs de l’électro-mobilité devenait une évidence.

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De nombreux incitants

Les Norvégiens y sont allés fort avec un système de taxation basé sur les émissions de CO2 des véhicules (ce qui rend la voiture électrique moins chère que son équivalent thermique). Les usagers ont vite compris le bénéfice à en tirer. Selon une étude menée sur 3400 d’entre eux, près d’un sur deux place cet incitant financier en tête des motivations d’achat d’un véhicule électrique. L’aspect écologique vient en deuxième lieu, avec 27 %.

Le conducteur d’un véhicule électrique bénéficie aussi de la gratuité des parkings, de celle des péages, peut monter tout aussi gratuitement à bord des ferries (là-bas, ces deux derniers points génèrent déjà de fameuses économies !), voit le montant de sa taxe routière réduit, croise d’innombrables bornes de rechargement gratuites…Le coût annuel de toutes ces mesures est estimé à 500 millions d’euros.

En Norvège, le conducteur d’une voiture électrique peut aussi utiliser les lignes réservées au bus. Ce dernier point ne manque pas de poser des problèmes à Oslo où se concentre une grande partie du parc électrique norvégien. On y compte une voiture électrique pour 160 habitants et aux heures de pointes, selon une étude de l’administration des routes publiques d’Oslo, ces véhicules électriques représenteraient 85 % du taux d’occupation des bandes réservées aux bus ! Une situation qui n’infléchit pas (ou pas encore) la volonté du gouvernement de poursuivre la promotion du véhicule électrique. Les avantages fiscaux dans leur mouture actuelle sont en principe programmés jusqu’en 2017 ou en tout cas jusqu’à ce que le nombre de 50 000 véhicules électriques soit atteint (ce qui pourrait arriver plus tôt). Au risque peut-être de voir le public se détourner des transports en commun, ralentis par le trafic électrique.

Un sondage annuel

Vu le nombre important (et en croissance permanente) de véhicules électriques utilisés en Norvège, il devient intéressant de sonder leurs propriétaires et utilisateurs sur les plus et les moins de ce type de moyen de transport. C’est ce que fait chaque année, via un sondage national, l’association norvégienne des véhicules électriques.

De l’édition 2014, il ressort qu’une marque, Tesla (dont la Model S est utilisée par un tiers des sondés) , parce qu’elle propose des véhicules avec une autonomie plus grande et un réseau de « super chargeurs » intéressant , change le rapport des propriétaires à leur voiture électrique. Désormais, un tiers des sondés l’utilisent pour partir en vacances. Ils n’étaient que 13 % en 2013.
Pour le reste, les trajets quotidiens pour se rendre au travail, faire du shopping, pratiquer des activités de loisirs… constituent le cœur de l’utilisation de la voiture électrique en Norvège.

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Satisfaction et prosélytisme électrique

Outre l’augmentation notoire de l’utilisation de la voiture électrique pour les vacances, ce qui retient aussi l’attention dans ce sondage, c’est la grande satisfaction des utilisateurs de ce type de véhicules. 99 % sont satisfaits ou très satisfaits, et ont envie de communiquer ce plaisir aux autres.

Selon l’association à l’origine du sondage, chaque utilisateur « électrique » parviendrait à convaincre trois autres conducteurs d’opter pour cette motorisation… et ce même s’ils ne sont plus « que » 74 % (c’est déjà pas mal !) à envisager de poursuivre dans le 100 % électrique pour leur prochain véhicule. 9 % opteraient pour un modèle hybride, 6 % retourneraient au moteur thermique. 11 % sont indécis.

Malgré la présence de près de 6000 bornes de rechargement publiques (une pour 7 voitures), le comportement des Norvégiens est similaire à celui des autres propriétaires de ce type de véhicule lorsqu’il s’agit de les recharger : c’est principalement à la maison (et au travail quand l’entreprise est équipée) que le véhicule est connecté à une borne pour « faire le plein ». En Norvège, c’est le cas pour un travailleur « électrico-mobile » sur deux. Voilà peut-être un enseignement à tirer de la situation norvégienne : il est sans doute préférable de développer les bornes dans le milieu de l’entreprise que sur la voie publique.

Cela ne veut pas dire que celles-ci n’ont pas d’intérêt. 60 % des Norvégiens, même s’ils les utilisent peu, y restent attachés, sans doute parce qu’elles représentent une assurance d’alimentation possible à tout moment dans ce pays où les hivers peuvent être rigoureux et impacter alors l’autonomie des voitures électriques.

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Un succès transposable ?

Même avec quelques imperfections (bandes des bus surchargées à Oslo, nombre de bornes insuffisantes, perte d’autonomie en hiver…), le succès du véhicule électrique en Norvège est interpellant.
Serait-il transposable ailleurs, si les politiques optaient subitement pour une approche identique à leurs confrères nordiques ?
La question mérite sans doute débat.

Il n’y a qu’un peu plus de 5 millions de Norvégiens. Leur approche serait-elle valable pour 66 millions de Français, 81 millions d’Allemands, 64 millions de Britanniques, 48 millions d’Espagnols, 62 millions d’Italiens…, sur des territoires plus étendus ?

Est-ce envisageable dans des pays « producteurs » d’automobiles ?

Nous sommes deux fois plus nombreux en Belgique, en Grèce, au Portugal, en République Tchèque…qu’en Norvège. Une politique similaire de promotion du véhicule électrique permettrait-elle d’y croiser 80 000 voitures de ce type en quelques années ?

La présence massive de véhicules électriques sur les voies réservées aux bus, et les retards que ceux-ci accusent dès lors, n’est-elle pas contreproductive en termes d’approche durable de la mobilité ? On sait que les transports en commun sont considérés comme des outils essentiels d’une telle approche.
La formule norvégienne est pertinente d’un point de vue écologique parce que la production d’électricité dans ce pays est verte. Que penser d’un éventuel essor du véhicule électrique dans des états où l’électricité n’est pas « durable » ?

Les dames le préfèrent électrique

… quelques questions que vous pouvez amener sur la table lors du réveillon de Noël, pour alimenter les conversations avec un sujet dans l’air du temps mais pas trop sensible (c’est important pour un réveillon)

…débat que vous pourrez encore relancer avec ce résultat issus d’une enquête menée par Motors.co.uk auprès de 2000 femmes. Elles ne sont plus trop sensibles aux charmes des puissantes voitures sportives dont elles trouvent les conducteurs arrogants, égocentriques et dangereux au volant. Elles craquent désormais plus volontiers pour le propriétaire d’une voiture électrique perçu comme de confiance, intelligent et consciencieux.

Pour vous en convaincre, voilà comment Fiat « vend » sa 500 électrique

Bonne discussion et Joyeux Noël !

Alain Wagener

Crédits photos
degotland.blogspot.com
Shannon Kringen
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asbe.be

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