Tram de Minneapolis : une transition mobile réussie

minneapolis metrotransit.org

Les grands projets de transformation des villes font l’objet de craintes, de rejets, de méfiance. C’est entre autres le cas pour ceux qui touchent à la mobilité. La nouvelle ligne du « tram » (ou train léger) de Minneapolis aux Etats-Unis, en service depuis quelques mois, démontre qu’une ville peut réussir une transition. Il crée de l’emploi et du développement tout au long de son parcours.

A Minneapolis, les premières réactions au projet d’un transport en commun sur voies ferrées n’étaient pas bonnes, les résidents du futur tracé craignant de se retrouver coupé du voisinage, comme risquait de le faire un précédent projet de voie rapide qui auraient impliqué des centaines d’expropriations et une rupture entre habitat et commerce. Le tram, ils lui associaient les mêmes risques et défauts. Les commerçants s’inquiétaient de la disparition de la voiture sur une partie de la ligne, 87 % des parkings à l’air libre étant « sacrifiés » sur l’autel des transports en commun sur une distance de 8 stations.
Ses défenseurs par contre soulignaient que ce tram serait non seulement un vecteur de mobilité pour les citoyens mais aussi de développement économique. L’objectif étant notamment de revitaliser University Avenue qui avait perdu de sa fréquentation depuis la création d’une voie rapide détournant le trafic du centre ville vers une artère périphérique.

Minneapolis METRO_GreenLine_map_101614_web

18 kilomètres de long

Longue de 11 miles, en site propre, la Green Line compte 23 stations dont 18 nouvelles. Elle est entrée en fonction le 14 juin 2014 et nombreux sont ceux qui depuis la considèrent comme un modèle de projet urbain, même si d’aucuns la trouve un peu lente. A l’horizon 2030, elle devrait permettre de véhiculer 40 000 personnes par jour sur des voiries où circulent aujourd’hui 24 000 conducteurs.

Energie verte et approche durable

Minneapolis a développé une série de projets innovants le long de cette Green Line. On y croise un toit végétal sur le palais de justice, un système géothermique double flux pour une maison de retraite ou encore un ensemble de 600 kw de panneaux solaires au Minneapolis Convention Center. On peut encore ajouter des stations de rechargement des véhicules électriques et des stations de voitures partagées le long du trajet.

Environ 1000 arbres ont été plantés le long de la section “St Paul” de la Green Line et l’eau de pluie venant des rues voisines est déviée vers ceux-ci, ce qui aura pour effet de la filtrer et d’éviter l’écoulement direct des eaux polluées vers la rivière.

Protéger le petit commerce durant les travaux

Une attention particulière a été portée au soutien des petits commerces présents le long de la ligne. 3.5 millions de dollars ont été ainsi distribués à 210 commerces de proximité pour faire face à leur diminution de chiffre d’affaires durant le chantier. Seuls 10 auront mis la clé sous le paillasson pendant les deux années de travaux.

Minneapolis_Light_Train

Un voisinage transformé, une population impliquée

La création de la ligne a transformé le quartier Cedar-Riverside, historiquement habité par les immigrés venus d’abord d’Allemagne et de Pologne, ensuite du Vietnam ou de Somalie. Elle y croise l’ancienne Blue Line (elle partage cinq stations avec cette dernière). Les observateurs notent désormais un développement de cette partie de la ville coincée entre la rivière et deux autoroutes.

Les concepteurs du projet ont aussi veillé à tenir compte des communautés locales concernées par l’implantation de la ligne. C’est ainsi que trois stations ont été ajoutées au projet initial pour desservir les quartiers occupés par les communautés noires et sud-est asiatiques. La décoration de ces stations est directement inspirée par ces communautés, une bonne idée pour attirer, convaincre et séduire les usagers de ces quartiers.

De manière plus générale, les riverains de la future ligne ont d’ailleurs été consultés tout au long de son processus d’installation. Outre l’ajout de trois stations, des passages pour piétons ont été ajoutés, l’utilisation des cloches et sirènes modifiée pour réduire les nuisances sonores, le design des stations repensé pour en faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite… (pour en savoir plus, lire ici)

Un point d’ancrage économique

La ligne de tram et la voie cyclable qui en est proche ont aussi joué un rôle essentiel dans la décision du brasseur Surly d’investir 30 millions de dollars pour s’installer le long de ces voies, dans un vieux site industriel. D’autres devraient le suivre pour réaliser dans cette partie de la ville une « ville du futur », abritant des incubateurs artistiques et industriels, du commerce, de l’habitat, le tout dans une approche durable, tant en terme d’énergie consommée que de gestion des déchets.

30 millions de dollars ici, 45 millions là-bas, dédiés à l’extension d’une institution pour seniors. On y crée 168 nouvelles unités. Les demandes d’installation ont singulièrement augmenté ces trois-quatre dernières années…et la présence de la « Green Line » revient souvent dans les arguments avancés. L’extension créera une centaine d’emplois dont une grande partie devrait revenir à des habitants du quartier.

Cette dynamique positive, tant durable que culturelle ou économique, s’observe tout au long de la voie. Depuis le début de sa construction, plus de 2,5 billions de dollars d’investissement ont été annoncés et les projections en matière d’activité économique sont désormais à la hausse, faisant état de la création potentielle de 90 000 postes le long de la ligne de tram à l’horizon 2030 ! Un allongement de la ligne est d’ores et déjà prévu dans le futur.

minneapolis__lightrail-GreenLine

Une source d’inspiration
Tout n’a pas été et n’est sans doute pas idyllique dans le projet de Minneapolis, mais je trouve que la variété des mesures prises (et exposées ici pour certaines d’entre elles) attestent d’une volonté intéressante de faire d’une ligne de tram un outil de rénovation et de développement d’une partie importante de la cité. L’approche durable participe au projet, voilà bien sûr une raison de vous en parler. Une autre réside assurément dans le fait que la ville où je travaille (Liège) prépare l’implantation d’un tram… Je me dis qu’on pourrait s’y inspirer de ce qui a été fait sur les bords du Mississippi.

En ce compris jusqu’à la politique tarifaire : là-bas, le prix n’est pas le même selon que l’on circule en heure de pointe (c’est plus cher 2.25 $) ou en heure creuse (1.75 $) et un système de navettes gratuites avec des bus hybrides « rabat » les usagers d’une des artères principales vers les lignes de tram.

jea 1949 Green Line Grand Opening

Lors de son inauguration, 45 000 passagers ont emprunté la Green Line pendant les huit premières heures de service… ce qui dénote à tout le moins (et même si c’était gratuit) un intérêt certain pour cette offre de transport !
Envie de voir ? Jetez un œil sur cette vidéo du trajet

… et reportez-vous à celles réalisées durant la réalisation du projet accessible via http://www.metrotransit.org/greenline

Alain Wagener

Crédits photos & vidéos
metrotransit.org
Pionneer Press & John Autey

Leave a Reply

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

You are commenting using your WordPress.com account. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

You are commenting using your Facebook account. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

You are commenting using your Google+ account. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s