Mobilité électrique à Liège, défi des étudiants HEC-ULg

navette électrique

En 2013, les étudiants de HEC-ULg ont planché par groupes sur les questions de mobilité à Liège et les solutions qu’ils pouvaient proposer pour l’améliorer. Je vous en avais parlé sur ce blog. En ce début d’année 2014, leurs condisciples remettent le couvert et se voient cette fois confier par la Ville de Liège la mission de réfléchir à des solutions pour faire de la Cité Ardente la capitale belge de la mobilité électrique. 5 projets ont été retenus.

280 étudiants ont phosphoré dans le cadre de la Chaire Accenture pour la Stratégie Durable. Par groupes, ils devaient, en trois semaines à peine, intégrer trois piliers du développement durable (économique, environnemental et social) dans leur projet en stratégie durable centré cette fois sur la mobilité électrique.

Voici les 5 propositions sur lesquelles se prononcera le jury en avril prochain.

Ecozone

Ce projet prévoit la création d’une vignette « écologique » pour les véhicules désireux de circuler en ville, ce sésame autorisant l’accès à certaines zones de la cité, l’interdisant dans d’autres, en fonction du type de véhicule, de sa motorisation, de la pollution qu’il génère.
La vignette verte, d’un faible coût symbolique (1 euro), réserverait l’hyper-centre aux véhicules électriques et hybrides (à quelques exceptions près comme les riverains ou les corps de métier devant venir travailler dans cette zone).
La vignette jaune, d’un coût 50 fois plus élevé, ne permettrait qu’un accès limité à certaines zones de la ville.

berlin vignette

Les bénéfices attendus par cette formule déjà opérationnelle dans différentes villes allemandes ou italiennes par exemple, c’est un centre-ville dominé par la mobilité douce (piétons, cyclistes, véhicules électriques…), une augmentation de l’utilisation des transports en commun, une pression moins forte sur le parking, une diminution de la pollution en ville et par là une meilleure conservation du patrimoine touristique.
A Berlin, ce type de solution a vu une diminution des émissions de CO2 de l’ordre de 25 % sur ses deux premières années de fonctionnement. De même, le nombre de véhicules très polluants y a singulièrement diminué.

Il faut bien évidemment qu’existent des parkings relais et une offre de transports en commun en suffisance pour que ce type d’initiative réussisse.

PURE

Pure est l’acronyme de « Powering Urban Rubbish Ecomanagement » et propose donc une gestion écologique et électrique des déchets urbains. L’objectif consiste ici en une généralisation des containers à déchets enterrés. On en connaît déjà à Liège pour les verres. Ici, le projet voit plus large en incluant tous les types de déchets. L’idée est de supprimer les disgracieux sacs poubelles qui squattent les trottoirs dans l’attente du passage des très nombreux et très polluants camions de collecte. Les familles, munies d’une carte magnétique d’identification (pour la gestion du fameux « coût vérité »), pourraient à tout moment déposer leurs déchets dans ces containers que quelques camions à motorisation électrique viendraient décharger. .. un mix entre les containers collectifs qu’on connaît dans certaines communes, les containers à puces individuels et les camions électriques.

pure containers

Le gain porte notamment sur la réduction de la pollution occasionnée par les camions actuels. Ici, point de rejet de CO2 mais aussi une limitation des déplacements : ils n’emprunteraient en effet plus toutes les rues de la ville mais iraient d’un point de collecte à un autre, ceux-ci étant situés dans des endroits stratégiques par rapport à la densité de population, la topographie des lieux, la facilité d’accès pour ce type de camions .

Le système est utilisé dans différentes villes. Les étudiants de HEC-ULg imaginent un début de fonctionnement en 2015 du côté du boulevard d’Avroy, concernant un peu plus de 4000 personnes dans cette phase test. Ensuite, le phasage prévoit que 25 % de la population liégeoise soit concerné d’ici 2016.

Les étudiants de ce groupe suggèrent encore la possibilité d’utiliser l’énergie née de l’incinération des déchets pour recharger les batteries des camions de ramassage.

Bike E

Combiner les vélos en libre-service à la technologie électrique et aux applis pour smartphones, c’est ce que fait ce projet en proposant l’implantation d’un service type Vélib’ ou VillO à Liège mais avec des vélos électriques. Clairement, le côté « cuvette » de Liège n’est pas, pour ceux-ci, le dernier argument porteur !

Les promoteurs ici s’appuient notamment sur l’envie exprimée de plus en plus par les Liégeois de voir leur ville plus « cyclophile » et sur l’expérience d’un des membres du groupe. Ayant réalisé un séjour Erasmus à Séville, il a pu goûter aux plaisirs des vélos en libre-service, appelés là-bas Sevici.

Offrir une nouvelle manière de circuler à Liège, s’appuyer sur les possibilités offertes par les smartphones (avec lesquels l’usager pourrait connaître à tout moment la disponibilité d’un vélo), diminuer la pression automobile dans le centre, mais aussi dans les transports en commun… voilà ce qui sous-tend la démarche des promoteurs de Bike E comme cela a aussi été le cas à Monaco, Nyon…

Station citibike E

Particularité du projet des jeunes étudiants : contrairement aux stations classiques ou électriques proposées dans de nombreuses villes, ils n’entendent pas ici collaborer avec une société « publicitaire » mais bien gérer eux-mêmes cet aspect assez indissociable de ce type de service.

Pas naïfs, ils soulignent au nombre des écueils l’abandon par la Ville de Liège d’un projet de vélos en libre-service classique, un temps imaginé, et le vandalisme incontournable de la plupart des cités urbaines. On y ajoutera le nombre assez restreint de municipalités ou communes ayant fait le choix de l’offre électrique pour le vélo en libre-service. Ce sont plutôt les entreprises qui y sont sensibles pour une partie de leur flotte de véhicules de service…

Tram-4-goods

… ou l’usage logistique du futur tram liégeois. Ici, les étudiants pensent accrocher à certaines rames de tram de petits wagons remplis de marchandises à livrer en ville.

Bressoux et Sclessin, les deux extrémités de la ligne de tram, accueilleraient deux stations logistiques où seraient acheminées les marchandises venant de l’extérieur de la cité. Elles seraient transférées dans les wagons tractés par le tram. Sur son trajet, celui-ci s’arrêterait à quatre stations commercialement « stratégiques » parce que proches de l’activité commerciale de la ville. Il s’agirait de la Place Général Leman, le boulevard d’Avroy, la Place Saint Lambert et de celle des Déportés. Là, des équipes déchargeraient rapidement les marchandises pour qu’elles soient ensuite livrées « sur le dernier kilomètre » par des petits véhicules (tricycles) à moteur électrique.

L’équipe voit déjà plus loin, imaginant la collecte des déchets, des livraisons à domicile, des partenariats avec d’autres entreprises comme BPost, le Trilogiport… sur le même mode de fonctionnement.

tram4goodphotoidée

Tous les mouvements de trams ne seraient pas concernés, mais quelques uns sur la journée. Le projet des étudiants prévoit une première phase destinée à la logistique des petits commerces avant de travailler avec la plus grande distribution ensuite.

La formule devrait, pour ses promoteurs, résoudre en grande partie les problèmes d’encombrements et de parking occasionnés ou rencontrés dans le cadre des livraisons traditionnelles par camionnettes et camions. Elle s’accompagnerait, comme d’autres initiatives, d’une réduction des pollutions émises.

Des initiatives similaires ont été tentées, par la RATP à Paris mais aussi par ses homologues à Vienne et à Amsterdam. Il y avait toutefois une différence : dans ces initiatives, on n’accrochait pas de wagons à un tram passagers mais on faisait circuler un tram 100 % fret entre deux trams passagers. Bien que jugée satisfaisante, l’expérience parisienne (avec un tramway circulant à vide) n’a pas vraiment connu de suites, notamment pour une raison qui pourrait aussi peut-être poser un problème à l’idée liégeoise : la RATP (comme le TEC ?) n’est pas habilitée à transporter « autre chose » que des gens.

A Zurich, un tram sert une fois par mois au ramassage des encombrants. A Dresde, Volkswagen utilise depuis longtemps un tram fret pour du transport destiné à son usine locale mais là aussi, il s’agit de rames 100% fret.

Pick & Drive

On retrouve la notion de solution de mobilité en libre-service dans ce dernier projet. Ici, il ne s’agit plus de vélos électriques mais bien de petits véhicules deux places, type Twizy chez Renault.

Répartis sur le territoire de la ville et de sa proche banlieue, ils seront accessibles aux détenteurs d’un abonnement et donc d’une carte de membre. Les solutions mobiles permettront de les localiser à tout moment. Pas à proprement parler de station « autolib » mais des voitures électriques laissées aux endroits où se sont rendu les utilisateurs précédents, à condition que ce soit dans un certain périmètre défini par le règlement de location. C’est ce qu’on appelle du « free floating ». Le coût annoncé est inférieur à 0,20 € la minute d’utilisation.

Combinée à l’offre de transports en commun, cette solution devrait permettre, aux yeux des étudiants, de diminuer le nombre de véhicules « classiques » et polluant au centre de Liège et aussi d’éviter à certains ménages l’achat d’une seconde voiture de famille… et autoriser encore un accès à des lieux peu ou pas desservis par les transports en commun.

toyota i-road

La formule est déjà proposée à Marseille (Twizy) et à Stuttgart(Smart) entre autres. Toyota vient de lancer sa formule avec ses i-Roads, des voitures électriques à 3 roues, au Japon, une solution nippone qui devrait par ailleurs débarquer à Grenoble fin d’année.

Les documents du projet des étudiants de HEC-ULg ne le précisent pas, mais on peut penser qu’ils devraient appliquer le système suivant, utilisé ailleurs : lorsqu’une voiture verra sa charge de batterie n’être plus que de quelques dizaines de pourcent (25 % ?), elle sera retirée des « radars » de l’application de location et récupérée par le personnel de maintenance qui la mettra en charge avant de la réintroduire dans le circuit.

Petit, intelligent, durable, voilà le slogan de cette dernière initiative.

pure équipe hec au travail

Une présentation publique de ces projets est programmée à Liège le 29 avril prochain. Ce sera aussi l’occasion de découvrir quelles idées auront le plus accroché les experts chargés de les analyser.
En attendant, les cinq dossiers poursuivent leur route, notamment sur les réseaux sociaux.
Je vous invite donc à vous reporter aux pages Facebook respectives des cinq groupes d’étudiants pour poursuivre la découverte des projets, et soutenir celui qui vous aura le plus séduit.

Bien sûr, comme toujours, n’hésitez pas à partager votre point de vue, à alimenter le débat, dans l’espace « commentaires » de ce blog.

Alain Wagener

Les comptes Facebook

https://www.facebook.com/eco.zone.liege?ref=hl
http://www.facebook.com/BikeeLiege
https://www.facebook.com/PURE.LIEGE
https://www.facebook.com/tram4goods
https://www.facebook.com/pages/PickDrive/648471595209788?fref=ts

Crédits Photos

Participants au projet
Schwarzwälder Bote
Jean-Louis Zimmermann

One response to “Mobilité électrique à Liège, défi des étudiants HEC-ULg

  1. Je viens bien tout ce que l’on veut. mais moi qui viens en famille, avec 3 enfants me promener et faire mes courses en ville, avec une poussette jumeaux double, si je dois commencer en plus de mon essence et mon parking (8 à 10€ en général pour être proche des commerces)… acheter une vignette à 50€ qui ne me donnera peut-être pas accès à un parking proche. On oublie ! Idem, les transports en commun, c’est une bonne chose dans de nombreux cas, mais là encore, si je souhaite venir faire du shopping en famille, je ne vais pas m’amuser à prendre tram et bus !

    Il est important de réfléchir mobilité, pollution et écologie… mais pensez tout de même que pour qu’une ville soit vivante, il faut qu’il y ai du monde.

    En Italie, hormis les riverains et les travailleurs, personne ne peut entrer en voiture dans les villes en voiture, m’a-t-on expliqué sur place, même les touristes en principe. Du coup, peu probable qu’un habitant de Bologne viennent faire du shopping dans la ville d’à coté, là où grâce à la proximité et la variété de nos villes, je prends plaisir à aller faire du shopping à Liège, Namur ou même Bruges en fonction des mes envies.

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