Festival : des Francofolies de Spa durables mais pragmatiques

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Il y a quelques temps, je vous ai livré un retour d’expériences « durables et vertes » concernant mes vacances à la montagne. Rebelote avec cet article consacré à un des plus gros festivals belges, les Francofolies de Spa. Du 17 au 21 juillet, elles ont fêté leur 20ème anniversaire. En vieux festivalier, je les ai suivies avec cette fois une attention particulière concernant leurs côtés écologiques et durables. J’ai observé, j’ai posé des questions. Bilan : les Francos sont citoyennes et « vertes », avec pragmatisme. Le festivalier en est par contre certainement peu conscient.

Ce qui est « bon pour l’environnement » et qui a dû « sauter aux yeux » des 180 000 personnes qui ont rejoint Spa durant cinq jours, en tous cas pour celles et ceux qui ont assisté à des concerts, ce sont les gobelets réutilisables pour les bars et les nombreuses poubelles de tri sélectif des déchets disséminées sur l’ensemble des sites.

POUBELLES ET GOBELETS

Rien de neuf, ces systèmes sont en place depuis plusieurs années déjà et le resteront. Les Francos ne comptent en effet pas basculer vers l’utilisation de gobelets compostables comme le font d’autres rendez-vous musicaux, parce que ses organisateurs estiment qu’il y a trop de risques de voir lesdits gobelets jetés ailleurs que dans les poubelles à compost.

Autre éléments « earthfriendly » que ne doivent pas ignorer les spectateurs, ce sont les navettes de transport en commun. Celles qui relient le centre de la ville aux différentes zones de parking sont utilisées quotidiennement par près de 10 000 personnes. Le chiffre est spectaculaire mais les distances parcourues par ces bus sont courtes, le gain en terme de pollution automobile est faible. La formule permet surtout d’éviter un engorgement de la ville et un volume de parking sauvage ingérable.

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Les autres navettes, celles qui relient gratuitement Liège à Spa via Verviers, sont utilisées par 600 à 700 personnes par jour. C’est déjà ça mais cela ne représente sur cinq jours que 1 / 60 ème des spectateurs annoncés par les organisateurs dans leur bilan… Le train en amène bien quelques uns aussi, mais pas de manière très significative. Ajoutons encore le désintérêt total pour la formule de covoiturage mise sur pied avec Eventpool (maximum 3 voitures proposées sur un jour, pour un total de 7 places !)… bref les festivaliers privilégient de manière quasi absolue l’usage de leur voiture pour se rendre aux Francofolies…

Neutre en carbone

On comprend donc que les Francofolies de Spa incluent dans le prix de vente des billets de concert une « cotisation carbone » de 50 centimes par billet. Elle permet de compenser totalement les émissions du festival et d’en faire un rendez-vous festif neutre en carbone !

Et voilà ce qui vaut au festival spadois, depuis 3 ans, le label « Green & Responsible Event ». Tout est parti d’une enquête menée en plusieurs phases depuis 2009 par les équipes du professeur Smitz de l’Université de Liège. Il en est ressorti que le poste le plus important en terme d’émissions de C0² pour les Francos (comme pour les autres événements du genre), concernait les déplacements en voitures des festivaliers (spectateurs et artistes), responsables pour Spa de 75 % de la pollution émise !
« Voilà pourquoi on provisionne cette cotisation sur chaque ticket vendu. Le spectateur participe ainsi pour compenser la pollution qu’il génère » précise Marc Radelet, responsable communication du festival, qui ajoute « comme il y a un excédent, on l’investit dans des projets durables et locaux ». C’est ainsi que le siège social de l’asbl organisant les Francos de Spa est désormais pourvu de panneaux photovoltaïques et que demain, une chaudière à pellets sera offerte par le festival à une école spadoise.

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A noter, comme me l’a confié Carole qui s’est occupé de l’accueil des artistes durant 19 ans, que ces derniers sont tenus de signaler d’où ils arrivent quand ils sont à l’affiche à Spa, à combien ils voyagent, avec quels types et nombres de véhicules…ces éléments sont intégrés dans le calcul des émissions à compenser « …et du coup, certains, lorsqu’ils l’apprennent, s’en trouvent un peu gênés, parce qu’ils viennent de loin et qu’ils polluent plus que d’autres…mais tous trouvent l’idée intéressante » ponctue celle qui se souvient que IAMX ne voulait que des produits bios dans leur loge, exigence encore rare chez les artistes.

Le label « Green & Responsible Event » implique que l’organisation dispose d’une charte précisant ses options citoyennes. Voici celle des Francos

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Autre visuel accessible pour tous, celui relatif au souci pour l’environnement qu’ont les Francos. Elles communiquent dessus, tant dans leurs publications "papier" que sur le site web du festival.

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Globalement, les actions reprises sur ces communications sont observables sur le terrain, il suffit juste de remplacer le mot « Segways » par « scooters électriques » et par espérer un renforcement des contrôles relatifs à la distribution de flyers, car malgré l’interdiction de distribution, on en reçoit quand on se balade dans la ville durant le festival.

Durables mais pragmatiques

Les organisateurs du festival sont donc conscientisés et actifs en matière d’environnement. Pragmatiques aussi, comme le précise Marc Radelet « on met l’accent sur la compensation des déplacements des festivaliers, c’est vraiment l’élément le plus lourd en terme de nuisances, le reste est tellement à la marge que l’on s’y attarde peu pour le moment »… entendez par là exiger des prestataires qu’ils soient eux-mêmes sensibles à l’environnement, ou qu’ils fournissent des produits bios et/ou équitables pour tout ce qui touche à l’alimentation, des véhicules électriques ou hybrides pour transporter les artistes …

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Idem pour les espaces concédés sur la voie publique et sur les sites. A côté de stands offerts gratuitement à des associations sociales ou à des ONG, on trouve tout ce que la malbouffe offre comme possibilités. C’est juste logique. C’est d’abord, ne nous en cachons pas, ce qu’attend le spectateur dans sa grande majorité, lui qui est là pour s’amuser et voir des concerts, une bière dans une main, un hamburger dans l’autre, et lui qui souvent n’a que faire du développement durable, ou si peu. Ensuite, ce sont aussi ces ambulants-là, toujours les mêmes, ceux qu’on croise dès qu’il y a un rassemblement de foule important, qui peuvent le plus facilement ouvrir le portefeuille pour louer un emplacement de ce type. Et un budget pour un festival comme celui de Spa, faut parvenir à le boucler ! On ne va donc pas trop jeter la pierre sur cet aspect-là.

Le festivalier « militant » doit donc se satisfaire d’un gobelet réutilisable et du tri de ses déchets pour poser un acte aux Francos ?

Non, mais il doit chercher un peu.
Cette année, au jardin, il y avait moyen de manger bio et local

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Et puis les Francofolies présentent le grand intérêt de se dérouler dans la ville. On peut donc, s’ils sont ouverts, opter pour les commerces locaux (même s’ils augmentent leurs prix durant le festival) pour se nourrir, se désaltérer…Tant qu’à faire que de manger une frite, autant aller dans une des friteries de Spa !
Ailleurs, on peut trouver du café bio

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Pour du café équitable, il fallait avoir accès aux backstages ou à l’espace VIP. Il était là, en partenariat avec le festival, fourni par un commerçant de la région de Ciney, ce qui, à l’échelle d’un festival comme les Francos, est local.

Et en conclusion ?

Les Francofolies de Spa intègrent le développement durable dans leur fonctionnement, c’est une évidence mais peut-être de manière trop discrète. Un peu plus de « visibilité » sur le terrain serait sans doute pertinent. Quand on voit qu’une intercommunale de déchets fait signer une charte d’éco-festivaliers à plus de 7000 personnes sur les 5 jours, on se dit qu’une partie du public devient réceptif aux messages verts.
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Dans le cas présent, la motivation résidait probablement avant tout dans l’espoir de gagner une place gratuite pour la prochaine édition, certains n’ont d’ailleurs pas manqué de qualifier de « greenwashing » cette action. C’est possible – les questions étaient vraiment trop transparentes – mais au moins, elle donne de la visibilité aux notions de tri des déchets, de covoiturage, de sensibilisation à l’environnement… Pareil pour une grande marque de soda qui recompensait tout qui lui ramenait des bouteilles plastiques vides. Il n’y a pas de raisons que les Francos en tant que telles ne fassent pas, elles aussi, de la com’ verte !

Donc, après l’introduction des navettes, des gobelets réutilisables, après l’enquête et la compensation carbone, on attendrait bien des Francos un petit truc en plus rayon « durable » pour les prochaines éditions…et même si c’est à la marge.

Malgré une logistique difficile à gérer, les organisateurs vont-ils oser ? Les Francofous sont-ils prêts pour les toilettes sèches ?

Alain Wagener

2 responses to “Festival : des Francofolies de Spa durables mais pragmatiques

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