"Bioptimiste", un livre et un plaidoyer didactique pour le bio

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Dans le cadre de la 9ème « Semaine Bio » en Wallonie et à Bruxelles, je vous propose de découvrir « Bioptimiste, mon épicerie bio », un ouvrage co-signé par Claudine Drion et Gérard Pirotton. En s’appuyant sur l’histoire du bio en région liégeoise, ils proposent un état des lieux d’un pan de l’économie en progression constante et les clés pour que le consommateur se l’approprie plus encore, avant que l’agro-industrie et la grande distribution ne le pervertisse définitivement !

La première mission du livre, c’est de rendre hommage aux pionniers et de garder la trace de l’histoire des épiceries et de l’agriculture biologiques en province de Liège, terreau du bio en Wallonie. Pour ce faire, durant 3 ans, les auteurs ont rencontré les acteurs qui ont osé le bio quand il n’existait même pas encore

« Le premier magasin biologique à Liège est là en 1959. Cela paraît complètement surréaliste, on est à peine 15 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale ! » explique Gérard Pirotton. « A l’époque, le label bio n’existe pas encore. La motivation des commerçants et des premiers clients, c’est la santé. On vient chercher dans les magasins de régime comme on les appellait, des produits sans pesticides, non transformés » poursuit Claudine Drion. La santé reste un moteur puissant aujourd’hui encore dans le circuit des consommateurs de bio. Mais pas le seul, et le livre le souligne.

Un nouveau "tournant bio" tous les 10 ans

En grossissant le trait, on peut y lire que tous les 10 ans ou presque, de nouveaux éléments ont participé au succès croissant des produits biologiques « Après le moteur de la santé dans les premières années, la deuxième vague s’est appuyée sur le thème de l’environnement et de la justice internationale, les rapports nord-sud etc..C’est à ce moment-là que Gérald et moi-même sommes montés dans le train, comme de nombreux épiciers désormais bien connus sur Liège ». On est là dans les années 70-80. La charnière suivante, courant des années 90, ce seront les scandales dans la chaîne alimentaire, de la crise de la dioxine à celle de la vache folle. Le consommateur veut que des règles régissent l’élevage et la culture. Le cahier des charges du bio présente ce type de garanties. « Maintenant, on connaît une nouvelle lame de fonds, depuis une dizaine d’années » poursuit Claudine Drion « Elle a intégré les préoccupations des décennies précédentes en y adjoignant des enjeux plus globaux ». A cette période correspond aussi le succès du bio dans les circuits de la grande distribution et l’émergence d’une certaine approche industrielle de l’agriculture biologique. Auteurs, épiciers interrogés et les plus convaincus des consommateurs ne cachent pas leur inquiétude, ou en tous cas leur exigence de grande vigilance face à cette situation. Paul Matthieu (Al Binète) est un des épiciers interrogés dans le livre « Il y a une conscientisation évidente des consommateurs mais on doit faire attention à ce que le bio ne devienne pas une mode ! »

Le bio refait le lien entre les cultures, l’élevage, les arbres

Au-delà de l’histoire, le livre souligne donc les enjeux actuels. Les auteurs l’ont voulu pédagogique et accessible. L’ouvrage est ainsi décliné en plusieurs thèmes (bio et santé ; bio et environnement ; bio et proximité ; …) chacun permettant au lecteur de découvrir des arguments en faveur de la consommation bio, des explications de termes, des témoignages…Il pourra ainsi se familiariser avec le terme d’agro-écologie, utilisé par Olivier De Sutter, le rapporteur pour l’alimentation auprès des Nations Unies « Il affirme que l’agro-écologique -bio et sans label mais avec la même approche- est capable de nourrir le monde » plaide Claudine D. « Le savoir scientifique aujourd’hui permet, sans passer par les produits chimiques, d’améliorer les rendements pour nourrir le monde avec une agriculture respectueuse des paysans et de l’environnement, non industrielle et chimique…mais on en est encore loin, on spécule beaucoup sur la terre ou on l’utilise pour les agro-carburants que l’on appelle nécro-carburants en Amérique du Sud ». Le lecteur comprendra aussi combien l’agriculture biologique est respectueuse de l’environnement et des hommes « Le bio contribue à la sauvegarde de l’environnement, à lutter contre l’effet de serre. Il permet de régénérer la biodiversité…c’est important pour les eaux, le sol, c’est une agriculture qui pense les choses comme un écosystème, un système global alors que l’agriculture industrielle voit les choses de manière séparée ».

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De gauche à droite : Micheline Halleux, Gérard Pirotton, Claudine Drion, Paul Mathieu

Des arguments pour le bio

Gérald Pirotton et Claudine Drion veulent avec ce livre encourager les consommateurs de bio à poursuivre dans cette voie, en leur fournissant tous les arguments pour confirmer leur choix ; ils s’adressent aussi à celles et ceux qui ne consomment pas encore bio, mais n’y sont pas insensibles. L’ouvrage devrait leur permettre de pousser plus avant leur réflexion quant à leur consommation. Par exemple sur la question du coût, le grand classique quand on parle de bio. De nombreux éléments permettent de démontrer qu’à la fois le bio n’est pas forcément toujours plus cher, mais aussi que le surcoût quand il existe est justifié et gage de qualité, comme l’explique Paul Mathieu « C’est plus contraignant de respecter le cahier des charges en bio que d’utiliser les « potions magiques » que l’industrie chimique a mis à disposition des agriculteurs …il faut en tenir compte aussi dans la question de savoir si le bio est plus cher »

La réflexion que veulent provoquer les auteurs porte encore sur le choix du magasin où on se fournit.

Très clairement, le livre prend position en faveur des « petits » épiciers bio, eux à qui il veut rendre hommage, parce que leur proximité géographique, leurs connaissances des produits, leur capacité de conseil, la personnalisation des rapports avec la clientèle …mais aussi le rôle de lien social qu’ils tiennent dans un quartier font partie du projet de société bio, ce qui fait dire à Micheline Halleux, épicière bio dans le quartier du Laveu « Je suis fière d’être épicière bio, et je suis convaincue que c’est un métier d’avenir ! »

Historique, pédagogique, mais aussi terriblement centré sur l’humain, comme l’est le monde du bio, « Bioptimiste, mon épicerie bio ! » arrive à point nommé pour conforter les uns, consommateurs habituels, et convaincre les autres, toujours plus nombreux à poser des questions sur la consommation bio.

Pour chaque ouvrage vendu (7€), un euro est reversé à l’ONG Le Monde selon les Femmes, pour soutenir un projet de maraîchage bio au Sénégal

« Bioptimiste, mon épicerie bio » édité par Altamira (www.altamira.skynetblogs.be)

Une rencontre débat est organisée ce jeudi 6 juin en soirée à l’asbl Barricade à Liège
Une autre est programmée le jeudi 13/6 au Mad Café, toujours à Liège

Alain Wagener

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